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Là comme ici et partout et ailleurs

 barbeles

Ici c’est comme partout mais en dilué, en délayé simplement parce qu’on est moins nombreux au mètre carré, mais un village c’est aussi bête qu’un quartier, c’est aussi convenu et mou dans ses embarras et ses oppositions, ça pleure de se vider à coup d’exode et ça regarde de travers les nouveaux arrivants. Ici, c’est un territoire très terroir, les Citadins disent de culs-terreux, en fait surtout de nés-quelque-part. Pas tout à fait Cloche-Merle, mais l’esprit bien tassé sous la soupente. En cela, pas très ouvert sur la nouveauté, les tippies à hippies ont peu de place dans le P.O.S. et faire du bio c’est vouloir déprécier l’agriculture conventionnelle. Faut que ça rende à l’hectare, que ça engraisse sur caillebotis, que ça gémisse dans les clapiers. Du développement durable, qui n’intéresse pas que les lapins !

Dès lors, en poète fatigué des grandes cités qui donne dans le retour à la terre, personne ici ne me prendra jamais au sérieux. Ça fait tâche, un étranger, venu de la ville planter de l’authentique, à peu près pire que les ceusses qui viennent du village voisin. Pris pour bourrique à la ville et bouffon en campagne, ça commence à furieusement me courir sur le battoir. C’est pénible à force ces sentences à l’emporte-pièce qui tiennent lieu de conscience de l’autre, des autres, cette intolérance à la différence, ce mépris de la diversité, cette angoisse mortifère face à l’alternatif, le rejet de l’allogène. La suffisance du quand-à-soi qui tord toute aptitude à découvrir l’inconnu. Ce refus arriéré d’envisager l’autre comme un reflet dans un miroir pour simplement s’amuser du jeu des sept erreurs. Tu n’es pas moi, je ne suis pas toi, ça ne devrait pas interdire d’être nous.

Mais voilà, on n’a rien contre tous les uns, mais contre des autres. Parce que les uns c’est pas la même chose que les autres. On s’attache à être des uns pour permettre à des uns de ne pas confondre avec des autres. Convenir délibérément au plus grand nombre et, peut-être instinctivement, se distinguer de ces autres, s’adapter aux rails de la tolérance limitée des uns. Dans un tel climat, on finit par croire que c’est la norme. On se fait à être des uns, reconnu dans notre unité pleine et entière, s’y faire ne signifie pas s’en réjouir mais on ne peut s’y soustraire. On finit par retenir notre unité parmi les uns qui, à défaut de légitimer le faire ensemble, permet la promiscuité tranquille. Se faire un presque nous.

L’autre dans un tel contexte, c’est celui qui ne vit pas chez nous. Cette image de l’autre se construit arbitrairement, sur la base de fictions contradictoires mais prétendument expérimentées par des uns d’entre nous. De l’autre serait l’exact opposé du nous dans la conscience de certains des uns. L’hostilité des uns aidant, on passe du singulier au pluriel et à l’animosité à l’égard des autres, non pas pour ce que l’autre est mais pour ce qu’il représente, le revers d’une exclusion imposée par le haut, la conséquence d’une discrimination qui départage les zones du mal-vivre en agrégats de populations impénétrables les unes aux autres. Si les fossés artificiels encerclant les uns et les autres étaient traversés pour faciliter une proximité réelle avec l’altérité, les antagonismes fléchiraient peut-être entre les uns et les autres.

Pourtant non, à la ville comme à la cambrousse quand ça veut pas ça veut tellement pas que c’est capable de n’importe quoi pour pas laisser trop venir de près les autres autour. Ça veut pas d’autres dans ce foutu monde, et on est tous l’autre d’autres comme on est tous le con de quelqu’un, infichus de faire que les uns et les autres soit un tout. Mais tous est un tout c’est trop, tous ensemble il n’y a pas moyen, c’est totalement injouable, c’est de la propagande en vœu pieux à dindonner du sous-pensant.