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J’potage

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Les jours à patauger au potager, alors potasser, enfin pas trop, réservé dans l’intrant, mais je potasse, je potasse sur le potager, ça se plante pas dans le potage, c’est pas ras du rata, je potasse la bio, bio dynamique, dynamique je me remue dans l’potager, que ça griffe, que ça racle, que ça sarcle, ratisser large, que ça laboure, que ça prend la chienlit à rebours, mettre au clair la terre, mettre nue la terre, déshabillée d’oripeaux rumex et chardons pour parer carottes et cardons, d’un H presque peu mais plus comestible ça manque pas de piquant, plantes domestiquées, que ne saura-t-on plié ?

 

Strictement je scrute, les phases de la lune, le sens du vent, la colère des cieux et les saints de glace. À desseins, de glace, je projette par étage, en restanque, les légumes du jardin au potage, pas de salade, pas tous les semis de salade d’un coup sinon tu broutes, sinon ça broute, prévoir, faut prévoir l’âge des légumes, la maturité, prévoir comme gouverner, gouverner le potager, prendre le pouvoir de la verdure, green power et mains vertes, mains terreuses, ongles crasseux de glaise et cals aux pouces, régner mais se plier, ployer, à genoux à la terre nettoyer les fraisiers, désherber les poireaux, butter, butter, à fond se butter, se butter, s’obstiner à s’abaisser vers la terre, retrouver la terre, se plonger, mains remuant le compost, dispersant l’humus, amender au propre, incompressible peine des arrosages, secréter les purins en principe d’enrichissement, potasser, en pot, en potée, rempoter, les tâches, tâcher de tasser sans excès, patienter, patienter, ça finira par pointer, se laisser lambiner avant qu’aller biner quand ça sursaute lentement hors la croute, pas le temps de s’encrouter sarcler à nouveau, répéter, répéter, toujours recommencer les mêmes gestes au mètre carré, arpenter pied à pied, un genou après l’autre, pénitence de faire croitre et pousser, tu cultiveras dans la douleur ou tu saignes la terre sans la travailler !

 

Planter, arroser, rebiner-resarcler, faut en chier, un peu ça soufre, faciliter le potager, patienter la pousse qui pointe, patienter les prémices du printemps, s’éreinter en début de saison à préparer déjà la pitance de l’hiver, prendre de l’avance, projeter sur les futurs probables du potager, ça ira ça va aller si pas trop d’eau ou pas assez, de la lumière aussi et le soleil s’il peut, quelques nuages s’ils pleuvent, patienter la conviction d’un possible du sol s’il est bien aéré, fréquenté, par vers travaillé, lombrics excréteurs, sous-terriens en loucedé en deçà des mottes, robins des boues goinfrés pauvre terreau redistribué en riche, patienter tant patienter, longtemps, cultiver la patience, cultiver des patiences en bouquet, tailler les rosiers, raisonner les rhizomes, éclaircir les rangs, aligner les rangées, dérangées les taupes, ajuster les taupières et planter les patates, pétocher, pétocher le coup de gel, anticiper l’odïum, le mildiou, la cloque et les pucerons, prévenir des limaces, pailler léger à garder au sec et au frais, c’est funambule sans tricher, juste les mains écartées, on cherche pas de béquille au rayon des engrais, patienter, palisser les rames, ramer les haricots, les pois, lâcher du leste, ramer dans le potager, traverser les jours, naviguer sur l’année…

Grosses gouttes

pluie

À peine c’est huit heures et déjà debout, ça pleut une pluie de très grosses gouttes molles et tièdes et lui pisse sur les orties, c’est plus efficace au soleil mais voilà ce matin ça fait pas. Si ça demande si ça va lui saurait pas encore répondre, lui sait pas si ça va, a pas essayé encore et d’ailleurs sait pas trop ce que ça veut dire ça va, ça va comment ou ça va quoi ou ça va où  ? Qu’est ce que ça va, ça va l’faire, ça va chier, ça va mal finir ou ça va bien se passer ? Des fois ça lui dit comment ça va, et lui sait pas comment, ça va comme ça peut, ça va à pied surtout, ça va au jour le jour et peut être ça ira mieux demain, comme si ça devait aller d’une façon ou d’une autre.

Ça lui demande ça va sans écouter la réponse souvent, des fois lui dit bof non ça va pas ou ça pourrait aller mieux ou comme un lundi les jours où pas le goût, ou comme un vieux quand mal aux genoux ou à l’épaule, mais ça écoute pas vraiment, ça lui dit ça va et ça passe tout de suite à autre chose sans même attendre sa réponse et ça lui serre la main ou ça lui fait trois bises, ici c’est trois, et parfois ça repart largement avant que lui ait dit quoi que ce soit.

Alors souvent si ça lui demande ça va lui répond çava-çava très vite comme un seul mot qui voudrait dire ça peut aller mais ça pourrait être mieux mais dans l’ensemble c’est bon comme ça, ça a l’impression de savoir même si lui a rien dit et ainsi si ça veut en savoir vraiment plus sur la façon d’aller ou sur comment lui va, ça peut approfondir que ça aille ou pas, fallait pas lui demander surtout quand ça va mal ça peut durer comme quand du monde malheureux raconte la vie, on est coincé mais fallait pas l’interroger et lâchera plus que ça ait tout les détails parce que d’en parler fait du bien et du coup lui va mieux.

Donc à du monde dire juste bonjour la plupart du temps en essayant de deviner ça va bien ou pas et ce que ça peut bien indiquer. C’est déjà un souhait maladroit de dire bonjour. Salut, ça mouille pas trop mais bonjour ça peut pas savoir avant la fin de la journée et c’est assez rare que tout aille bien dans une journée. Et c’est encore pire avec bonsoir. Et les au revoir lui y croit pas souvent et adieu faut pas rêver, en fait c’est rien d’autre que des mots figés qui tiennent lieux de liens. C’est tous ces mots qui veulent plus dire ce que ça doit dire parce que ça les a trop utilisés à contrepieds, à contresens, alors après demander si ça va à contresens à pieds, forcément ça risque pas d’avancer beaucoup et ça a vite fait de s’écarter du sujet : les grosses gouttes molles et tièdes qui lui trempent le crâne et les épaules et le rendent inefficace contre les orties du coup se dire qu’il doit bien y avoir une bonne raison d’être sorti pisser sous la pluie.

Ça coule de source, c’est de l’eau gâchée en moins, c’est mieux de pisser sur les orties que dans de l’eau potable aux toilettes, ou alors récupérer les grosses gouttes dans la chasse d’eau pour faire des toilettes moins bêtes, ou mieux des toilettes sèches qui éviteraient de pisser sous la pluie. Il y a toujours des solutions simples si lui se donne la peine et son problème c’est d’éviter de peiner à faire des choses pénibles et pas très intéressantes comme stocker de la sciure. Ce genre de travaux en moins de deux l’ennuie et fait suer à grosses gouttes molles et tièdes qui lui coulent sur les tempes et les bras et coagulent en plaques la sciure sur sa peau et ensuite contraint à prendre une douche et c’est quand même de l’eau de foutue, surtout si une avait été prise plus tôt alors vaut mieux se doucher que le soir mais c’est inévitable parce que la sciure dans le lit ça gratte.

Les orties aussi ça gratte quand il faut les arracher, même en faisant attention toujours finir par se piquer et même si lui s’habitue c’est toujours urticant et le soir de prendre une douche l’eau réactive la démangeaison et ensuite dans le lit ça gratte et c’est pour ça que lui essaie d’en supprimer le maximum en pissant dessus. Le souci c’est la quantité telle à devoir pisser des litres pour en venir à bout et donc boire beaucoup d’eau, ou de la bière mais c’est pas certain que ce soit plus écologique pour autant et ça pourrait saouler et lui aime pas trop faire des trucs qui saoulent et pas très intéressants comme aller vomir plus loin dans le jardin et c’est même pas évident que ce soit plus efficace, surtout que là les orties sont tellement grands qu’en se penchant ça peut piquer surtout si lui vacille un peu et là a l’impression que ça saute au visage et ça l’ennuie quand même d’y penser lorsque simplement à pisser dessus, se tracasser parfois pour pas grand chose.

À se soucier de rien arrive neuf heures lorsque parvenu à réfléchir à ce que faire au lieu de comment, lui avance pas beaucoup mais du moins va dans le bon sens et la pluie a cessé c’est mieux sinon trempé aurait dû se changer et rajouter des lessives qui consomment beaucoup d’eau. Enfin, lui est pas resté une heure à pisser sous la pluie mais entré entre temps pour faire un café, le deuxième déjà parce que debout depuis huit heures mais il faut pas confondre et selon l’heure à laquelle c’est dit du monde peut s’imaginer que levé depuis une heure alors que la nuit fut tout à fait normale en se couchant pas tard, mais un deuxième café lui fera du bien même si cela fait pisser c’est pas ennuyeux d’aller au jardin maintenant que la pluie a cessé.

Le café c’est pas mal pour pisser beaucoup mais là c’est le bilan carbone qui en prend un coup même si ça pollue moins quantitativement de ramener des fraises du Chili en avion que de les transporter en camion depuis l’Espagne, après on ne sait plus quelle cochonnerie bouffer sans se poser aussi des problèmes éthiques et que mieux vaut un agriculteur mal payé ici que là-bas et lui finit par faire son potager une fois que sont assez dégagés d’orties et de ronces et de chardons et de chiendent et tout un tas de trucs piquants.

C’est pas fatalement de la mauvaise herbe, c’est juste de l’herbe pas à sa place, surtout l’ortie parce que c’est bon en soupe ou en tarte, mais c’est moins garanti pour les ronces à part les mûres, enfin c’est jamais réellement de la mauvaise herbe c’est juste une question d’empiétement, elle fait désordre, mais après tout c’est normal de vouloir se faire sa place au soleil dans les meilleurs endroits qui sont ceux où lui fait son potager, inévitablement deux fois plus de travail et peut pas pisser au milieu des légumes, alors lui perd du temps à nettoyer entre les rangs, mais finit invariablement par céder avant la fin de l’été qui cette année en finissait plus et à présent que l’automne déboule comme un hiver ça pleut des grosses gouttes molles et tièdes qui vont vite se faire froides et dures alors qu’il faudrait aller entretenir le jardin.