Tourisme & tourista, même combat, ça fout la merde

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Relais et châteaux, palaces et résidences haut standing, plages privées ombragées, hôtels et chambres d’hôte, gites et couverts, campings, caravanings, parkings surveillés, cabanes dans les arbres, nuitées en igloo, week-end en yourte, séjours dans le parc des loups, plongées sous la glace, habitats troglodytes, soirées dans l’aven, visite des catacombes, shibari au donjon, vacances à la ferme et woofing des terroirs en appellation géographique protégée.

Footing, trecking, skating, karting, bowling, kayaking, canyoning, rafting, yachting, curling, bling-bling, lifting, botuling, face-sitting, pouding, morphing, tout ce qu’il faut pour ne pas s’emmerding… Accro branche, labyrinthe de maïs animé, structure gonflable, piscine à balles, à vagues, parc à thème, d’aventure, animalier, aquatique, conservatoire d’espèces. Cité de l’espace, futuroscoop, vulcanisia, via ferrata, parcours santé, quad et paint-ball, aquabyke paddle yoga et ski sur l’herbe, tyrolienne et saut à l’élastique en véritable boyau de pauvre, marinas et ports de plaisance, stations d’altitude et putes véritable qualité made in fRance pour milliardaires russes. After d’after d’after au bar à cocktail pour jeunes pétro-saoudiens dorés et pour mémère, sa perruque en cheveux d’Intouchables et ses vingts rangs de perles, ce soir, y’aura d’la zumba dans l’air.

Au paradis des loisirs délicats, s’arsouiller façon VIP du tuning élégamment encanaillés, sachant se mal conduire, d’un petit tour en belle caisse vers la boîte de nuit, boîte privée, night-club libertin attenant au 18 trous du golf et boîte à partouze, au DSKlub, à Bourges Montbéliard ou Agde, sur les chemins de Compostelle par le GR à, à, à la queue-leu-leu… Allez, on arrache son t-shirt, on mouille celui de sa voisine, on fait tourner les serviettes et on fait tournante avec la serveuse, le pourboire est compris, c’est la chenille qui redémarre, en voiture pour la destination touristique ultime, l’acmé des vacances décontractées et contrastées, la quintessence de l’exotisme hexagonal aux quatre coins du territoire, tout un peuple à votre service, à vote servile, à vendre, à prendre, à pendre par les pieds, la fRance a les pattes en l’air, la fRance veut se faire baiser à la hussarde…

Assurance du double-plus bon meilleur accueil. Troussages de domestiques et larbins à humilier, renseignez-vous près du portier ! Toutes nos call-girls sont en porte-jarretelles folkloriques et sur wifi. Grâce aux flux migratoires contrôlés de nos anciennes colonies nous sommes en mesure de vous proposer une diaspora colorée et exotique hygiéniquement sélectionnée. Nous informons nos visiteurs que dans un souci de prophylaxie et de charité chrétienne -et ce malgré les réticences de l’industrie pharmaceutique et des professionnels du tabac- la cigarette a été interdite au moins de douze ans. De ce fait, les fillettes de shows burlesques n’expulseront désormais de leurs vagins que des bulles de savon non testé sur animaux. Calme, Lush et volupté…

Toute une roture refaite plèbe docile en costume traditionnel réglementaire aux heures ouvrables et coiffe picaresque, couvre-chef pittoresque, poulaines et sabots, dessous affriolants.

Et la risette aux visiteurs

et la chansonnette en patois aux clients

valse, scottish et bourrée à l’apéro

tamouré et brise-pied

puis coach-surfing dans nos salons sans préavis

et réquisition de nos lits

et tenir nos toilettes bien propres

et garder nos frigos toujours pleins

et bonne réception, cuisse légère et aguichante pour le gros gras suant touriste, pour la vieille yankee à varices, pour le prince quatari sadique et pervers

et faire VTC pour M. et Mme Ming venus se marier ici où tout est si délicieusement typique, parfum suranné de la douce enfrance de Trenet, deux selfies sous la tour Eiffel, un cadenas pont des Arts et c’est plié…

Un authentique séjour de rêve au pays du tertiaire de masse, des services à la personne et des sévices raffinés. De grands crus d’exception, des éphèbes adolescents et des vierges nubiles, fillettes aux langues agiles et bambins aux anus étroits, morceaux de chair crue ou cuite, de gros bœufs dans nos étables, veaux vaches cochons poulets poulardes canards et oies, foies gras de chômeurs en fin de droits, fesses de caissières à palucher, le cul beurré de la crémière, les miches de nos boulangères et toute une gamme de viennoiseries.

Revivre un village d’hier et les travaux des champs à la main, à l’ancienne, à la dure, à la fraîche, à la trique, à la chicotte ! Une fête au moyen-âge avec cochon grillé et tomates provençales tout juste importées d’Espagne par chariots frigorifiques hypotractés afin de toujours améliorer notre bilan carbone. En matinée et en soirée, en costumes d’époque, en gage de sérieux : écartèlement d’idiots du village et d’anarchistes1 sur la grand place du bourg.

Puis repas préhistorique avec initiation au propulseur, taille de silex, tags crachouillés sur les mains à la bouche, viol en horde, traque de tétraplégiques et autistes avérés (cf, note 1), gâteau à la broche entre deux étouffements à la fouace et petit déjeuner aux tripous avant le dépôt de gerbes, trois galettes c’est des complètes, au truffes et asperges sauvages ramassées de la main d’enfants durablement développés au bio hors-sol raisonné.

Vos papilles découvriront l’extase dans les multiples restaurants gastronomiques où nos chefs étoilés les plus rompus aux méthodes d’assemblages et de réchauffages au micro-onde des meilleurs produits préparés, vous garantissant la satisfaction, où que vous soyez rendu, de la dégustation d’un succulent couscous bourguignon à l’ancienne en verrine où d’une choucroute de la mer façon hawaï glacée à l’azote, puis farandole de berlingots framboise et menthe sur roquette froissée et dés de thon, avec son trait de vinaigre balsamique caramélisé au chalumeau, rehaussée d’une demie tige de ciboulette tranchée dans la longueur et pétales de pissenlit et chardons en émulsion lyophilisée, soles Stravinsky, ris de veau à la purée de cresson, lapin rôti grenobloise, ou encore le prince des mers au nectar des fruits de la Provence et autres saveurs de nos provinces.

Pour une bonne digestion, en sus d’un apport quotidien en fibres, voir combattre des taureaux écornés, des coqs arrogants, des chiens enragés, de sauvages gladiateurs, des chevaliers sans peur, des grognards fidèles, des poilus sacrifiés, des soldats fusillés, prochainement en hommage au débarquement : tonte-party de néo-collabos2 sur le marché ! Pour les collectionneurs futés : les mèches, collector, forcément collector , seront vendues sous sachets scellés.

En cas de petit creux, nos visiteurs pourront profiter de l’excellence du réseau de baraques à frites, camions à pizza, food-truck, kiosques à jus de fruits, distributeurs de bagels, fast-food ruraux, pompes à aligot, carrioles d’écailler, chariots à paella, charrettes de primeurs en julienne, turbines à milk-shake, robinets à smoothie, débits de rhum arrangé, bar à vin, à eau, à chicha, à chocolat, à putes, pour toutou à sa mémère du paragraphe 2, triporteurs à sorbets, caves à digestifs, sandwicherie, pataterie, échoppes à sushis, saveurs d’Orient adaptées au palais occidentaux, fontaines à fromage fondu, crêpes, gaufres, chouquettes, churros, chichi fregi et panisses, plateaux des treize desserts – plus l’omelette norvégienne contre un négligeable supplément fiscalement déductible – vendeurs de paninis ricotta boulettes gnocchi à la sauce libanaise, boutique de cheese-burger merguez à la harissa-ketchup-mayo cornichon beurre et bacon qui maille de la moindre ruelle à nos plus belles avenues commerçantes.

Afin de pallier les éventuels effets délétères des excès inhérents à la richesse d’un voyage hautement humaniste et culinaire, nos hôtes hipsters et hédonistes les plus soucieux de leur santé pourront se frotter à l’ascèse d’un stage détox dans l’un de nos ashrams aux énergies optimisées par la voie d’un aménagement strictement feng shui. S’alterneront sur trois jours phases de jeûne et régime macrobiotique végétalien à base de jus d’herbe, thé vert au Ginseng, cure de bouleau, graines germées, galettes de sarrasin à l’eau harmonisée, tempé et œuf cent ans marinés au soyu ; agrémentés de soins ayurvédiques, Yoga Ashtanga, Qigong taoïste, lavement nasal, irrigation colonique, palpation matricielle, réflexologie plantaire, drainage lymphatique, bougies d’oreille, massage Nuad Bo’rarn, initiation au chant diatonique himalayen, pratique du souffle continu sur didgeridoo, miaou-thérapie au bar à chats, introduction à l’orgasme tantrique et méditation dans l’esprit œcuménique et monastique chrétien de la communauté de Taizé. Ce séjour de développement personnel et d’élévation spirituelle offrira à chacun la plénitude zen d’une sagesse détachée des contingences matérielles et des répercussions iniquement culpabilisantes du tourisme de masse.

Enfin, une intelligente refonte du code du travail dans l’intérêt du reste des salariés et des festivaliers a permis l’avènement d’une totale flexibilité, statutaire, géographique et physique, ainsi que la mise en place d’une réponse répressive sévèrement graduée à toute agitation sociale infondée le temps des festivités

et de faire comprendre qu’il y a un moment où savoir arrêter la grève

et de faire accepter qu’il y a un moment où ne pas faire grève

et faire se faire à l’idée qu’il n’y a plus de droit de grève

et de renoncer aux conflits qui nuisent à l’exécutif

et de juste apprendre à fermer sa gueule

et de positiver de gré ou de force

Cependant, afin d’entretenir le storytelling3 d’un esprit vaguement rebelle et résistant propre à notre populace qui aurait survécu à l’instauration de notre belle démocrature, quelques stériles expérimentations alternatives seront maintenues dans un nombre restreint d’enclaves confinées dans les zones de captation de gaz de schiste par massage de la roche, où une poignée d’espèces en voie de disparition – intelligentsia situationniste, fanatiques syndicalo-libertaires, activistes solidaires, paysans écologistes, djihadistes verts, penseurs humanistes, empathiques compulsifs et autres maniaco-décroissants – pourront se bercer de l’illusion de faire des petites machins dans leur coin et que ça finira bien par faire un monde meilleur… (ah haha hahaha !!!) à base de bière artisanale, de maraîchage biodynamique, de cours de langage signé aux enfants aveugles, de protection de l’environnement, de troc, et de coopératives rurales d’achat de tofu ; le tout diffusé sur grand écran 24/24 grâce à nos aérodynes d’observation UCAV4 jusque dans les lieux de villégiature protégés pour la plus grande joie des vacanciers. Des heures de rire en perspective !

Demain nos mômes coudront des Mao en peluche pour les petits chinois.

Demain nous serons gibiers.

Demain viande à foutre.

Demain tous et toutes bonnes gagneuses.

Demain tous inter-maltraité-e-s du miteux spectacle.

Demain employé-e-s du parc.

Précarisé-e-s du bonheur, platinisé-e-s de l’identité.

Dysneylandisé-e-s de la vie.

À poil jusqu’à l’os…

1 Déficients mentaux certifiés du plan d’Eugénisme Régénérant

2 Réfractaires asociales se refusant aux caprices légitimes de la clientèle étrangère. Vous ne manquerez pas de noter au passage, l’ironie un peu potache de nos législateurs, issus, par transmission de mandat que concède l’excellence sélective du népotisme, des meilleures lignées de l’ancien régime

3 Issus des travaux émérites de nos éminents communicants-propagandistes, vulgairement désignés sous le vocable de publicitaire

4 Unmanned combat aerial vehicle

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serpent loup

irradiée à fond
une méduse à la place de la tête
violence crie
tout détruire
truc de ouf
TSSS TSSS TSSS
griffes dehors dedans femme serpent
truc de dingue
autant de violence
cachée
mais où
mais où m’étais-je cachée la réalité si longtemps ?
femme loup attaquée défend son territoire
femme loup attaquée toute puissante
femme loup attaquée toute puissante se prend oppression dans la gueule
dans la gueule
dans la gueule la femme loup
dans la gueule la femme loup se fait baiser en grande violence
elle se prend la réalité oppression dans la gueule
dans la gueule la femme loup se fait baiser la gueule
et crève
et crève maintenant
avec tes bons sentiments
avec ta structure de l’ego remanié
crève
copernic
crève
comment ça l’univers tourne pas autour de l’espèce humaine
crève femme loup dans ta gueule on te baise
dans ta gueule l’univers tourne pas rond
crève
cachée puissante opprimée
debout couché donne la patte
crève
crève
la femme serpente dans la louve
la femme serpent louve
ça pète un câble
ça se révolte sous l’écaille
ça s’emballe les 4 pattes
GRR TSS TSS
TTSSSi
méchant
méchant
truc de ouf
putain merde
putain c’est la merde
le monde à l’envers
merde
le précipice
c’est la merde
dedans
dedans l’ego fonce
dedans
merde
l’agression
l’agression
AHHHHHHHHHHRG
FUCK !
ça fait mal le delbor là !
merde
le monde à l’envers
merde
regard à l’endroit
merde
merde le regard à l’endroit qui fait mal sur le monde qui tourne par rond dans l’univers de la gueule
vomis
vomis moi ça
vomis
merde
vomis
merde
vomis
AHHHHHRG
irradiée
4eme degré
vomis
vomis moi ça
merde
femme loup serpente
assiégée
à terre
assiégée
pas crever
pas crevée
la résistance
femme loup serpente grave dans les radiations
femme loup OUhOUH
AHAHAHAHAH
femme loup LA !
AHAHAHAHAHAHA
irradiée à fond
la violence du monde qui tourne pas rond irradiée à fond
une méduse à la place de la tête
violence crie
prête à tout détruire
truc de ouf
TSSS TSSS TSSS
griffes dehors dedans femme serpent
un truc de dingue
autant de violence
cachée
mais où

Un corps vivant

Hier soir c’était l’ouverture de la grosse commission de manipulation publique pour l’acceptabilité locale d’un Center Parcs.
Dès les premiers mots de Christian Leyrit, le président de la commission, en costume fraîchement descendu du TGV, le raifort m’est monté au nez.
“Je suis heureux de revenir sur le Jura après notre beau travail pour l’A39”
Et puis les slides d’un PowerPoint où Rio Climat 92 et pourquoi pas Gandhi, l’abbé Pierre ou Jeanne d’Arc ?
Et puis cette autorité mal placée, déplacée, impolie de toutes les bonnes manières, autorité auto-déclarée, autorité auto-déclarée indépendante qui nous dit “nous offrons la parole au citoyen.”
Et puis la poète actionniste qui sommeille en moi m’a possédée, elle a soufflé fort de toutes ses bronches, laissé l’air frotter massivement ses cordes vocales. Elle a vu une onde sonore se matérialiser par le soulèvement des corps assis sur la rangée devant elle.
Un cri long, un cri fort, un AH plutôt aigu mais pas trop.
Sans micro le corps a pris possession de l’espace sonore. A l’ancienne, le corps. Il a fait le silence.
Et puis le corps s’est levé pour crier : “non à la mascarade, votre discours est de la violence morale, de la violence symbolique.”
Et puis tout le monde a gueulé dans la salle.
Et puis le corps s’est rassis, a essayé de se calmer. Il a fermé les yeux et s’est pincé les sinus.
Il a écouté rassuré la voix de Leyrit décontenancée, ses phrases articulées avec moins de sûreté.
Et puis le public a eu le micro, le débat a commencé et l’audience sans cravate a commencé l’ironique et argumentative opération de restitution d’identité, Center Parcs qui voulait faire marcher tout le monde au pas en a pris pour son grade, grave sa mère, n’est pas un développeur et exploitant mais un développant et exploiteur, la commission est indépendante comme un chienchien à son maître, ça s’arrêtait plus de jeter du crottin sur les costumes assis sur l’estrade ou debout au micro.
Et puis le corps a entendu les pro et anti dire qu’il fallait respecter un cadre de parole, argumenter.
Et puis sa main s’est levée et a attendu le micro. Une nouvelle fois, il a parlé dans le micro HF sans rester à sa place de sans cravate. Il a entendu “Ah, non elle va pas nous remettre ça”. Il s’est retourné et à dit avec un accent de salle gosse : “Si si je vais parler comme c’est un débat public”.
Et le corps a remonté l’allée en rappelant l’historique. On nous a dit y a 6 mois que c’étaient les élus qui décident, sous couvert d’être la représentation d’une majorité qui légalement a le droit d’écraser toutes les minorités, dans le plus bel esprit du conflit. Et aujourd’hui on voudrait nous faire croire que l’on a le droit à la parole et qu’on nous propose la paix sociale.
Et puis le corps est arrivé à la hauteur de Christian Leyrit et Claude Brevan qui faisaient une sacrée tronche de paons à qui on aurait coupé les plumes de la roue, et le corps a grimpé sur l’estrade juste derrière eux comme une hirondelle va se poser sur son nid, tout droit à vol d’oiseau, et la gueule de Leyrit a fait une drôle de tête, sa mâchoire du bas s’est déplacée sur un côté et puis de l’autre avec des yeux tous ronds, comme un bœuf qui regarde passer les voitures sur l’A39, pendant que sa tête se penchait d’un côté et puis de l’autre comme un chiot qui essaye de comprendre une situation. Le corps il a vu la scène au ralenti tellement que c’était bon.
Et sur l’estrade le corps n’a même pas vu les élus assis tout au premier rang, tous hommes, de pouvoir, habillés en costume, de pouvoir. Sur l’estrade le corps n’a plus rien vu que son cœur qui battait et sa langue qui pleurait : j’ai mal à la démocratie, nous ne sommes pas en démocratie mais en démocrature, j’ai mal au sens des mots, ça fait mal de voir les mots retournés et détournés, Center parcs est une violence, j’ai mal à mon patrimoine culturel et naturel, j’ai mal et je me sens violentée et comme le bon comté que nous jurassiens on offre aux parisiens, il a regardé Claude Brevan pour dire ça le corps, il était juste en dessous son corps à elle, l’avait une tête de maîtresse d’école furieuse la Brevan, et comme le comté qu’on offre aux parisiens, le corps il a entendu la salle qui aimait ça le comté, et comme le bon comté que nous jurassiens on offre aux parisiens, cette violence je la partage, je ne peux pas la garder. Et le corps s’est baissé vers la Brevan, l’a mis une main sur son torse et l’a dit qu’il avait la prétention de manifester un moment de sincérité dans ce théâtre, il a descendu l’estrade, s’est mis en face de la Brevan, le corps et la présidente de la commission étaient face à face, de profil côté spectateurs,  et le corps a dit droit dans les yeux, comme une jeune élève prétentieuse qui cache pas son dédain à une autorité de fait mais pas de droit, dans cette belle comédie. Dans cette belle comédie. L’essayait d’avoir le sens de l’humour le corps, mais était plus dans le mood de la tragédie. Et le corps a mis le micro entre son corps et celui de la Brevan et lui a dit droit dans les yeux, comme on fait pour parler avec dignité, je vous rends le micro, je vous rends le pouvoir je n’en veux pas. Et la Brevan elle a pris le micro et elle a dit d’un sale ton de salle gosse prise sur le vif, mais j’en veux pas du micro. Et le corps a entendu des applaudissements qui enveloppaient la crainte de Brevan, qui tournaient autour de son corps à elle comme les busards du plateau autour des nids de mulots. Tout le corps du corps l’est redescendu des airs, l’a alors atterri sur le plancher des vaches du premier plateau. Alors l’est reparti seul dans ses montagnes le corps, l’est parti s’asseoir dans les montagnes de corps et de chaises en face de la scène. Son petit corps l’a disparu du cadre et on a zoomé sur l’arrière plan où qu’le corps de la Brevan disparaissait dans le vortex des ailes et des becs des busards. Le corps a disparu dans la montagne de corps et de chaises, l’avait tout lâché, l’avait tout dit. Et personne aime ça qu’on s’lâche, quand on lâche tout. En public. Et les contres étaient dérangés par le corps, hors cadre, hors limite, dérangé de chez dérangeant. Et la cause a dit que ça servait pas la cause d’avoir un corps qui se maîtrise pas. Et le corps l’a entendu tout ça et s’est rabougri. Et puis le corps l’a écouté toutes les prises de paroles, qu’étaient toutes contre, qu’étaient toutes déchaînées, et le corps y s’est calmé, y s’est repu de toutes ces paroles, l’a un peu forcé sur la touche applause le corps. Et puis l’a pas su fermer sa gueule, et puis l’a dit une connerie et l’a su de suite qu’il était trop énervé pour parler encore. Et le corps l’a compris, que c’était la dernière fois qu’y metto les pieds dans une commission de manipulation, qu’y l’avo dit ce qu’l’avait à dire mais qu’lo pouvait pas l’dire à chaq’fois, et le corps s’l’o senti mieux, le côrps c’t’o senti mieux. c’to détendu. l’ avo dit qu’l’éto pas dupe, l’avo sa dignité maintenant, et pis quoeu ? l’avo plus ran d’autre à espérer…pas ici en tout cas. l’avo pleu ran à espérer. et l’côrps direct l’avo pensé à c’qu l’allait faire. Ailleurs, autrement, où c’to que la poésie a le droit de cité. Pas cheu Platon qui voulo tous les mettre dehors les poètes et leur alliance avec la nature.
Le corps l’a bien fait chier tout le monde, c’teu corps, mais c’to pas pour être méchant, c’to pas un méchant corps, c’to juste un corps.
En entier. Un corps qu’avo pas appris la politesse, qui savo pas faire semblant, qui jouo pas le jeu. Un corps vivant.

Demain s’arrête

Image

Aux premiers jours de la fin du temps, au bas du volcan,

nous sautillons dans le champ de lave,

la terre se dérobe sous nos pieds, nous avons tant creusé,

nous vacillons au bord du trou, nous entamons la chute,

courte et sèche,

l’impact sans appel.

Aux premiers jours de la fin d’un monde, noyés par la sécheresse,

nous allons manquer d’air, nous allons manquer d’aire,

nous avons manqué l’ère,

obscène anthropocène,

nous avons cassé le jouet, nous avons mal joué,

parié à perte,

l’avenir engagé.

Aux premiers jours de la fin de la vie, lente agonie,

quelques décennies de souffrance,

dans l’illusion par perfusion, artificiels comas,

déliquescence glutineuse de biscuit détrempé pour nous réhydrater,

tremblants moutons sucrant les fraises,

filets de souffle derrière les plaintes,

nous glissons sous les portes, petites poussières de chair.

Au premier jour de la fin des jours,

dernier sursaut sans reculer,

nous voyons s’absenter le ciel,

nous sombrons vers la surface, naufragés par terre,

nous entrons dans la fin de l’histoire,

une veille sans lendemain,

trépassés par la case du grand départ,

fenêtre de tir brisée,

l’immonde que nous avons construit, échoué dans le vide,

l’écueil de rien, vacuité en vacance, déshérence du vain.

Fini,

c’est fini, presque fini,

c’est déjà là tout prés, le bout du chemin,

nous allons être révolus, obsolètes programmés,

il n’y aura pas d’après, pas d’ensuite, pas d’en arrière,

le déclin ne se remonte pas,

nous ne pouvons tomber que vers le bas,

mis à l’arrêt. Fin.