Category: politique agriculturelle

Un corps vivant

Hier soir c’était l’ouverture de la grosse commission de manipulation publique pour l’acceptabilité locale d’un Center Parcs.
Dès les premiers mots de Christian Leyrit, le président de la commission, en costume fraîchement descendu du TGV, le raifort m’est monté au nez.
“Je suis heureux de revenir sur le Jura après notre beau travail pour l’A39”
Et puis les slides d’un PowerPoint où Rio Climat 92 et pourquoi pas Gandhi, l’abbé Pierre ou Jeanne d’Arc ?
Et puis cette autorité mal placée, déplacée, impolie de toutes les bonnes manières, autorité auto-déclarée, autorité auto-déclarée indépendante qui nous dit “nous offrons la parole au citoyen.”
Et puis la poète actionniste qui sommeille en moi m’a possédée, elle a soufflé fort de toutes ses bronches, laissé l’air frotter massivement ses cordes vocales. Elle a vu une onde sonore se matérialiser par le soulèvement des corps assis sur la rangée devant elle.
Un cri long, un cri fort, un AH plutôt aigu mais pas trop.
Sans micro le corps a pris possession de l’espace sonore. A l’ancienne, le corps. Il a fait le silence.
Et puis le corps s’est levé pour crier : “non à la mascarade, votre discours est de la violence morale, de la violence symbolique.”
Et puis tout le monde a gueulé dans la salle.
Et puis le corps s’est rassis, a essayé de se calmer. Il a fermé les yeux et s’est pincé les sinus.
Il a écouté rassuré la voix de Leyrit décontenancée, ses phrases articulées avec moins de sûreté.
Et puis le public a eu le micro, le débat a commencé et l’audience sans cravate a commencé l’ironique et argumentative opération de restitution d’identité, Center Parcs qui voulait faire marcher tout le monde au pas en a pris pour son grade, grave sa mère, n’est pas un développeur et exploitant mais un développant et exploiteur, la commission est indépendante comme un chienchien à son maître, ça s’arrêtait plus de jeter du crottin sur les costumes assis sur l’estrade ou debout au micro.
Et puis le corps a entendu les pro et anti dire qu’il fallait respecter un cadre de parole, argumenter.
Et puis sa main s’est levée et a attendu le micro. Une nouvelle fois, il a parlé dans le micro HF sans rester à sa place de sans cravate. Il a entendu “Ah, non elle va pas nous remettre ça”. Il s’est retourné et à dit avec un accent de salle gosse : “Si si je vais parler comme c’est un débat public”.
Et le corps a remonté l’allée en rappelant l’historique. On nous a dit y a 6 mois que c’étaient les élus qui décident, sous couvert d’être la représentation d’une majorité qui légalement a le droit d’écraser toutes les minorités, dans le plus bel esprit du conflit. Et aujourd’hui on voudrait nous faire croire que l’on a le droit à la parole et qu’on nous propose la paix sociale.
Et puis le corps est arrivé à la hauteur de Christian Leyrit et Claude Brevan qui faisaient une sacrée tronche de paons à qui on aurait coupé les plumes de la roue, et le corps a grimpé sur l’estrade juste derrière eux comme une hirondelle va se poser sur son nid, tout droit à vol d’oiseau, et la gueule de Leyrit a fait une drôle de tête, sa mâchoire du bas s’est déplacée sur un côté et puis de l’autre avec des yeux tous ronds, comme un bœuf qui regarde passer les voitures sur l’A39, pendant que sa tête se penchait d’un côté et puis de l’autre comme un chiot qui essaye de comprendre une situation. Le corps il a vu la scène au ralenti tellement que c’était bon.
Et sur l’estrade le corps n’a même pas vu les élus assis tout au premier rang, tous hommes, de pouvoir, habillés en costume, de pouvoir. Sur l’estrade le corps n’a plus rien vu que son cœur qui battait et sa langue qui pleurait : j’ai mal à la démocratie, nous ne sommes pas en démocratie mais en démocrature, j’ai mal au sens des mots, ça fait mal de voir les mots retournés et détournés, Center parcs est une violence, j’ai mal à mon patrimoine culturel et naturel, j’ai mal et je me sens violentée et comme le bon comté que nous jurassiens on offre aux parisiens, il a regardé Claude Brevan pour dire ça le corps, il était juste en dessous son corps à elle, l’avait une tête de maîtresse d’école furieuse la Brevan, et comme le comté qu’on offre aux parisiens, le corps il a entendu la salle qui aimait ça le comté, et comme le bon comté que nous jurassiens on offre aux parisiens, cette violence je la partage, je ne peux pas la garder. Et le corps s’est baissé vers la Brevan, l’a mis une main sur son torse et l’a dit qu’il avait la prétention de manifester un moment de sincérité dans ce théâtre, il a descendu l’estrade, s’est mis en face de la Brevan, le corps et la présidente de la commission étaient face à face, de profil côté spectateurs,  et le corps a dit droit dans les yeux, comme une jeune élève prétentieuse qui cache pas son dédain à une autorité de fait mais pas de droit, dans cette belle comédie. Dans cette belle comédie. L’essayait d’avoir le sens de l’humour le corps, mais était plus dans le mood de la tragédie. Et le corps a mis le micro entre son corps et celui de la Brevan et lui a dit droit dans les yeux, comme on fait pour parler avec dignité, je vous rends le micro, je vous rends le pouvoir je n’en veux pas. Et la Brevan elle a pris le micro et elle a dit d’un sale ton de salle gosse prise sur le vif, mais j’en veux pas du micro. Et le corps a entendu des applaudissements qui enveloppaient la crainte de Brevan, qui tournaient autour de son corps à elle comme les busards du plateau autour des nids de mulots. Tout le corps du corps l’est redescendu des airs, l’a alors atterri sur le plancher des vaches du premier plateau. Alors l’est reparti seul dans ses montagnes le corps, l’est parti s’asseoir dans les montagnes de corps et de chaises en face de la scène. Son petit corps l’a disparu du cadre et on a zoomé sur l’arrière plan où qu’le corps de la Brevan disparaissait dans le vortex des ailes et des becs des busards. Le corps a disparu dans la montagne de corps et de chaises, l’avait tout lâché, l’avait tout dit. Et personne aime ça qu’on s’lâche, quand on lâche tout. En public. Et les contres étaient dérangés par le corps, hors cadre, hors limite, dérangé de chez dérangeant. Et la cause a dit que ça servait pas la cause d’avoir un corps qui se maîtrise pas. Et le corps l’a entendu tout ça et s’est rabougri. Et puis le corps l’a écouté toutes les prises de paroles, qu’étaient toutes contre, qu’étaient toutes déchaînées, et le corps y s’est calmé, y s’est repu de toutes ces paroles, l’a un peu forcé sur la touche applause le corps. Et puis l’a pas su fermer sa gueule, et puis l’a dit une connerie et l’a su de suite qu’il était trop énervé pour parler encore. Et le corps l’a compris, que c’était la dernière fois qu’y metto les pieds dans une commission de manipulation, qu’y l’avo dit ce qu’l’avait à dire mais qu’lo pouvait pas l’dire à chaq’fois, et le corps s’l’o senti mieux, le côrps c’t’o senti mieux. c’to détendu. l’ avo dit qu’l’éto pas dupe, l’avo sa dignité maintenant, et pis quoeu ? l’avo plus ran d’autre à espérer…pas ici en tout cas. l’avo pleu ran à espérer. et l’côrps direct l’avo pensé à c’qu l’allait faire. Ailleurs, autrement, où c’to que la poésie a le droit de cité. Pas cheu Platon qui voulo tous les mettre dehors les poètes et leur alliance avec la nature.
Le corps l’a bien fait chier tout le monde, c’teu corps, mais c’to pas pour être méchant, c’to pas un méchant corps, c’to juste un corps.
En entier. Un corps qu’avo pas appris la politesse, qui savo pas faire semblant, qui jouo pas le jeu. Un corps vivant.

Advertisements

Démarrer, Ollivier…

Image

J’suis un raté. J’suis un raté. Je suis un rararararararaté. J’suis un raté, j’suis un raté, j’suis un ra tétététététététététértrateté, j’suis un raté. J’suis un ratétététété ratétététété un raratététététététététératététététrataratéraratératarérératétététété, raté ! J’suis un rararararatératératératérararaté ra… ra… raté… té ! Raté ! J’suis un ra-té un rat, un ratétététété, un raté ! J’suis un rarararara, J’suis un rarararara, J’suis un rarararara, J’suis un rarararara, J’suis un rarararara-té tété… Un rarararararararaté ! J’suis… j’suis, j’suis… j’suis un ratararararartararatétététété, raté, j’suis un ra-té-ra-té- ra… rarara… raté ! Raté ! J’suis un rararaté, raté… j’suis un rararararararararararatérarararararatratératératérararar peux peux peux peux peu…. té… ratétété rarararara tépeux peux peux peux peux peux peu peux peu peux peu peu peu ra… rahaaaaaaaaaaaaaaaaaaa peux pas…. j’suis un raté… té. Tê !

Grosses gouttes

pluie

À peine c’est huit heures et déjà debout, ça pleut une pluie de très grosses gouttes molles et tièdes et lui pisse sur les orties, c’est plus efficace au soleil mais voilà ce matin ça fait pas. Si ça demande si ça va lui saurait pas encore répondre, lui sait pas si ça va, a pas essayé encore et d’ailleurs sait pas trop ce que ça veut dire ça va, ça va comment ou ça va quoi ou ça va où  ? Qu’est ce que ça va, ça va l’faire, ça va chier, ça va mal finir ou ça va bien se passer ? Des fois ça lui dit comment ça va, et lui sait pas comment, ça va comme ça peut, ça va à pied surtout, ça va au jour le jour et peut être ça ira mieux demain, comme si ça devait aller d’une façon ou d’une autre.

Ça lui demande ça va sans écouter la réponse souvent, des fois lui dit bof non ça va pas ou ça pourrait aller mieux ou comme un lundi les jours où pas le goût, ou comme un vieux quand mal aux genoux ou à l’épaule, mais ça écoute pas vraiment, ça lui dit ça va et ça passe tout de suite à autre chose sans même attendre sa réponse et ça lui serre la main ou ça lui fait trois bises, ici c’est trois, et parfois ça repart largement avant que lui ait dit quoi que ce soit.

Alors souvent si ça lui demande ça va lui répond çava-çava très vite comme un seul mot qui voudrait dire ça peut aller mais ça pourrait être mieux mais dans l’ensemble c’est bon comme ça, ça a l’impression de savoir même si lui a rien dit et ainsi si ça veut en savoir vraiment plus sur la façon d’aller ou sur comment lui va, ça peut approfondir que ça aille ou pas, fallait pas lui demander surtout quand ça va mal ça peut durer comme quand du monde malheureux raconte la vie, on est coincé mais fallait pas l’interroger et lâchera plus que ça ait tout les détails parce que d’en parler fait du bien et du coup lui va mieux.

Donc à du monde dire juste bonjour la plupart du temps en essayant de deviner ça va bien ou pas et ce que ça peut bien indiquer. C’est déjà un souhait maladroit de dire bonjour. Salut, ça mouille pas trop mais bonjour ça peut pas savoir avant la fin de la journée et c’est assez rare que tout aille bien dans une journée. Et c’est encore pire avec bonsoir. Et les au revoir lui y croit pas souvent et adieu faut pas rêver, en fait c’est rien d’autre que des mots figés qui tiennent lieux de liens. C’est tous ces mots qui veulent plus dire ce que ça doit dire parce que ça les a trop utilisés à contrepieds, à contresens, alors après demander si ça va à contresens à pieds, forcément ça risque pas d’avancer beaucoup et ça a vite fait de s’écarter du sujet : les grosses gouttes molles et tièdes qui lui trempent le crâne et les épaules et le rendent inefficace contre les orties du coup se dire qu’il doit bien y avoir une bonne raison d’être sorti pisser sous la pluie.

Ça coule de source, c’est de l’eau gâchée en moins, c’est mieux de pisser sur les orties que dans de l’eau potable aux toilettes, ou alors récupérer les grosses gouttes dans la chasse d’eau pour faire des toilettes moins bêtes, ou mieux des toilettes sèches qui éviteraient de pisser sous la pluie. Il y a toujours des solutions simples si lui se donne la peine et son problème c’est d’éviter de peiner à faire des choses pénibles et pas très intéressantes comme stocker de la sciure. Ce genre de travaux en moins de deux l’ennuie et fait suer à grosses gouttes molles et tièdes qui lui coulent sur les tempes et les bras et coagulent en plaques la sciure sur sa peau et ensuite contraint à prendre une douche et c’est quand même de l’eau de foutue, surtout si une avait été prise plus tôt alors vaut mieux se doucher que le soir mais c’est inévitable parce que la sciure dans le lit ça gratte.

Les orties aussi ça gratte quand il faut les arracher, même en faisant attention toujours finir par se piquer et même si lui s’habitue c’est toujours urticant et le soir de prendre une douche l’eau réactive la démangeaison et ensuite dans le lit ça gratte et c’est pour ça que lui essaie d’en supprimer le maximum en pissant dessus. Le souci c’est la quantité telle à devoir pisser des litres pour en venir à bout et donc boire beaucoup d’eau, ou de la bière mais c’est pas certain que ce soit plus écologique pour autant et ça pourrait saouler et lui aime pas trop faire des trucs qui saoulent et pas très intéressants comme aller vomir plus loin dans le jardin et c’est même pas évident que ce soit plus efficace, surtout que là les orties sont tellement grands qu’en se penchant ça peut piquer surtout si lui vacille un peu et là a l’impression que ça saute au visage et ça l’ennuie quand même d’y penser lorsque simplement à pisser dessus, se tracasser parfois pour pas grand chose.

À se soucier de rien arrive neuf heures lorsque parvenu à réfléchir à ce que faire au lieu de comment, lui avance pas beaucoup mais du moins va dans le bon sens et la pluie a cessé c’est mieux sinon trempé aurait dû se changer et rajouter des lessives qui consomment beaucoup d’eau. Enfin, lui est pas resté une heure à pisser sous la pluie mais entré entre temps pour faire un café, le deuxième déjà parce que debout depuis huit heures mais il faut pas confondre et selon l’heure à laquelle c’est dit du monde peut s’imaginer que levé depuis une heure alors que la nuit fut tout à fait normale en se couchant pas tard, mais un deuxième café lui fera du bien même si cela fait pisser c’est pas ennuyeux d’aller au jardin maintenant que la pluie a cessé.

Le café c’est pas mal pour pisser beaucoup mais là c’est le bilan carbone qui en prend un coup même si ça pollue moins quantitativement de ramener des fraises du Chili en avion que de les transporter en camion depuis l’Espagne, après on ne sait plus quelle cochonnerie bouffer sans se poser aussi des problèmes éthiques et que mieux vaut un agriculteur mal payé ici que là-bas et lui finit par faire son potager une fois que sont assez dégagés d’orties et de ronces et de chardons et de chiendent et tout un tas de trucs piquants.

C’est pas fatalement de la mauvaise herbe, c’est juste de l’herbe pas à sa place, surtout l’ortie parce que c’est bon en soupe ou en tarte, mais c’est moins garanti pour les ronces à part les mûres, enfin c’est jamais réellement de la mauvaise herbe c’est juste une question d’empiétement, elle fait désordre, mais après tout c’est normal de vouloir se faire sa place au soleil dans les meilleurs endroits qui sont ceux où lui fait son potager, inévitablement deux fois plus de travail et peut pas pisser au milieu des légumes, alors lui perd du temps à nettoyer entre les rangs, mais finit invariablement par céder avant la fin de l’été qui cette année en finissait plus et à présent que l’automne déboule comme un hiver ça pleut des grosses gouttes molles et tièdes qui vont vite se faire froides et dures alors qu’il faudrait aller entretenir le jardin.

Là comme ici et partout et ailleurs

 barbeles

Ici c’est comme partout mais en dilué, en délayé simplement parce qu’on est moins nombreux au mètre carré, mais un village c’est aussi bête qu’un quartier, c’est aussi convenu et mou dans ses embarras et ses oppositions, ça pleure de se vider à coup d’exode et ça regarde de travers les nouveaux arrivants. Ici, c’est un territoire très terroir, les Citadins disent de culs-terreux, en fait surtout de nés-quelque-part. Pas tout à fait Cloche-Merle, mais l’esprit bien tassé sous la soupente. En cela, pas très ouvert sur la nouveauté, les tippies à hippies ont peu de place dans le P.O.S. et faire du bio c’est vouloir déprécier l’agriculture conventionnelle. Faut que ça rende à l’hectare, que ça engraisse sur caillebotis, que ça gémisse dans les clapiers. Du développement durable, qui n’intéresse pas que les lapins !

Dès lors, en poète fatigué des grandes cités qui donne dans le retour à la terre, personne ici ne me prendra jamais au sérieux. Ça fait tâche, un étranger, venu de la ville planter de l’authentique, à peu près pire que les ceusses qui viennent du village voisin. Pris pour bourrique à la ville et bouffon en campagne, ça commence à furieusement me courir sur le battoir. C’est pénible à force ces sentences à l’emporte-pièce qui tiennent lieu de conscience de l’autre, des autres, cette intolérance à la différence, ce mépris de la diversité, cette angoisse mortifère face à l’alternatif, le rejet de l’allogène. La suffisance du quand-à-soi qui tord toute aptitude à découvrir l’inconnu. Ce refus arriéré d’envisager l’autre comme un reflet dans un miroir pour simplement s’amuser du jeu des sept erreurs. Tu n’es pas moi, je ne suis pas toi, ça ne devrait pas interdire d’être nous.

Mais voilà, on n’a rien contre tous les uns, mais contre des autres. Parce que les uns c’est pas la même chose que les autres. On s’attache à être des uns pour permettre à des uns de ne pas confondre avec des autres. Convenir délibérément au plus grand nombre et, peut-être instinctivement, se distinguer de ces autres, s’adapter aux rails de la tolérance limitée des uns. Dans un tel climat, on finit par croire que c’est la norme. On se fait à être des uns, reconnu dans notre unité pleine et entière, s’y faire ne signifie pas s’en réjouir mais on ne peut s’y soustraire. On finit par retenir notre unité parmi les uns qui, à défaut de légitimer le faire ensemble, permet la promiscuité tranquille. Se faire un presque nous.

L’autre dans un tel contexte, c’est celui qui ne vit pas chez nous. Cette image de l’autre se construit arbitrairement, sur la base de fictions contradictoires mais prétendument expérimentées par des uns d’entre nous. De l’autre serait l’exact opposé du nous dans la conscience de certains des uns. L’hostilité des uns aidant, on passe du singulier au pluriel et à l’animosité à l’égard des autres, non pas pour ce que l’autre est mais pour ce qu’il représente, le revers d’une exclusion imposée par le haut, la conséquence d’une discrimination qui départage les zones du mal-vivre en agrégats de populations impénétrables les unes aux autres. Si les fossés artificiels encerclant les uns et les autres étaient traversés pour faciliter une proximité réelle avec l’altérité, les antagonismes fléchiraient peut-être entre les uns et les autres.

Pourtant non, à la ville comme à la cambrousse quand ça veut pas ça veut tellement pas que c’est capable de n’importe quoi pour pas laisser trop venir de près les autres autour. Ça veut pas d’autres dans ce foutu monde, et on est tous l’autre d’autres comme on est tous le con de quelqu’un, infichus de faire que les uns et les autres soit un tout. Mais tous est un tout c’est trop, tous ensemble il n’y a pas moyen, c’est totalement injouable, c’est de la propagande en vœu pieux à dindonner du sous-pensant.

Roms et lactaires.

Les Champignons

sinon, je ne sais pas wim cuyvers, si tu es au courant de la chasse au roms dans les forêts autour de poligny, où ils viennent récolter le champignon “le lactaire” qui se vend super cher en Espagne.
j’ai pensé à toi… aux forêts, à ces derniers refuges
mais pas de refuge pour les roms.
ils stationnent à l’intermarché de Poligny, c’est impressionnant, ils sont très nombreux.
derrière l’inter, il y a le champ pour les gens du voyage mais qui ne veulent pas échanger avec eux, alors les roms garent leurs voitures et grosses fourgonnettes sur le parking, devant.
un voisin a vu de nombreuses tentes le long d’un parking sur la route qui relie dole à poligny, on imagine qu’ils dorment là-bas.
une caissière pense qu’ils sont 600 dans les bois cette anné. quand elle sort après le boulot, elle a peur car ils envahissent tout le parking.
il y a plusieurs articles dans le journal où on voit 32 puis 400 kg de champi saisis.
je pensais à virilio et ses chiffres sur les populations déplacées dans les 50 prochaines années. oui, ça peut être impressionnant.
C’est étonnant cette européisation DIY, le rom qui part récolter le champi jurassien pour le vendre en Espagne. Comment ils s’organisent ?
ils sont vraiment mystérieux. si tu voyais comme ils déambulent dans le supermarché, on dirait des extraterrestres, et tout le monde a peur. eux comme nous.
heureusement, il y a des enfants roms qui jouent avec les caddies dans les rayons. ça rend plus normale la situation.
et nous les pecnots moyen, (sur)pris en otage, avec nos caddies au rayon poisson.
Et avec la nounou, on se disait, c’est pas possible, les gendarmes ont pas tout détruit, sur les 400kg, ils ont bien dû se faire une petite poêlée.
je reviens de marseille, où j’ai vu pour la première fois des tous petits enfants dormir dans la rue. Il était tard, il y avait une famille le long d’un boulevard avec 2 tous petits. des roms, encore.
Jeudi dernier à marseille, il y a eu un délogement de camp rom, par les habitants d’un quartier qui ont brulé les affaires de leurs intrus.
La chasse est ouverte. Ici c’est tout ce dont on a peur. De l’accident de chasse.