eden garden

vuechatillon
planter 37 patates mais s’extasier surtout du coin des simples, de sa collection de sorcière.
bêcher, comme on casse un mur. frénétiquement, en rythme.
fini le dance floor, mama marge, fini les grands voyages en Afrique et la pression exacerbée dans les veines.
hello eden garden, la bêche à la main, la transe de la terre calme, loin de la rumba de l’équateur mais dans la brume de la vieille et petite montagne.
sourire devant les salades et fraisiers.
eden garden
les mains dans la boue
fini les illusions de carrière
art contemporain, galery et solo show
what’s the fuck !
les mains dans la boue
je ne comprends plus rien
d’autre
je prends racine
la vie à l’endroit.
rock n’ roll
aussi
grave
avec l’accent fort
mais la subtilité
la subtilité
du cœur
du cœur meuble
c’est mon cœur que je bêche
que je rends meuble
et les plantes me parlent
je ferme les yeux, les cloques dans les mains elle m’apparaissent
avant de dormir, viennent me border
d’amitié les plantes
me disent
regarde comme on pousse et tu pousses avec nous
c’est là que ça se passe
c’est là la vie
et les milans royaux dans les courants chauds
regarde comme on vole, tu vole avec nous
et je
et je
et je
devient rien
et j’oublie je
je deviens autre
et je deviens moi
c’est là que ça se passe
c’est là la vie
eden garden
le tout petit bout de terrain
avec l’accent fort
mais la subtilité
la subtilité
du cœur
du cœur meuble
c’est mon cœur que je bêche
que je rends meuble
et les plantes me poussent
et les rapaces me volent
et c’est pas tranquille la vie à la campagne
et c’est du boulot de vivre
pleinement
et les poisons de l’esprit
c’est eux le boulot
et je m’enfonce
je prends racine
alors je vole
fini les illusions
ma fille
ma belle petite fille
le monde à l’endroit.
le cœur meuble
au bon endroit
tout doux tout doux
ma fille
ma petite fille
je berce le monde dans mes bras.
je tourne les semis dans la véranda et deviens soleil.

militantE

militant.jpg

Il est beau

non, c’est vrai, il rayonne

il a quelque chose de vivant qui sort de son sourire de ses yeux de sa bouche

quand il ouvre sa bouche, ça rayonne

il dit des choses, y a son cœur dedans qui rayonne

il fait les choses, y a son cœur dedans qui rayonne

il est doux

il a les yeux sauvages

tu sais le regard direct et tendre

presque aussi tendre que ce regard à jamais gravé de cet indien croisé dans la forêt indonésienne avec ce sourire d’enfant conservé dans la poésie du conte

il a le regard profond qui déchire la surface de Deep qui vend son âme comme un parfum d’usine dans les halls d’aéroports

il sent la terre

il a les cheveux un peu longs emmêlés, une casquette qui prend la sueur ou une barbe qui dépasse de partout

et ses gros godillots de chantier ou chaussures de marche

et ses grosses vestes trouvées dans les zones de grat’ ou ailleurs

il est direct et doux

il a cette voix grave et posée

qui pose des mots doux qu’ont du sens

quand il parle avec sa barbe autour sous sa grosse veste dans ses gros godillots

il me regarde et me reconnaît

il me parle et prend soin

prend soin de moi comme une autre

quand il parle avec son regard sauvage il me reconnaît

il sait que je ne suis pas lui

il sait que je ne suis pas pour lui

il sait que je suis avec lui

on se reconnaît

on sait les deux qu’on n’existe que dans le lien

on marche dans la forêt ensemble

on marche côte à côte dans cette forêt qu’on défend

ensemble

on marche

je veux aller cueillir avec lui les mauves fleuries au pied des ruines du château de Mirebel

pour faire des tisanes

je veux marcher avec lui le long de l’Ain pour regarder la vitalité de la tendresse qui écume sur les cailloux moussus

il a un sacré accent

il a de la terre dans la bouche

il mâche la terre dans sa bouche

je mange la terre de sa bouche et lui donne ma salive à planter

il plante

il plante dans mon cœur la terre

j’ai la terre qui me pousse dedans

je rayonne

toute seule

ensemble

on marche

et le drapé de mousse sur les pierres de ce sol karstiques s’étale

et la lumière sous les feuillus  nous caresse les graines qui poussent dans nos cœurs

et nos cœurs de terre se plaisent à pousser

et nos cœurs de terre s’ouvrent meubles

et la tendresse nous coulent dedans

et nous sommes couleur miel de cette lumière de printemps sur l’écorce du foyard

je chante

toute seule

ensemble

on marche

dans la forêt qu’on défend

je suis un renard

ma queue fait onduler mon corps

mes pas de canidé font onduler ma queue

avec son chien

on ondule

avec l’Ain

on ondule

avec les plissements du terrain

on ondule

et mon cœur comme un renard joyeux

saute

traverse

creuse

grimpe

grogne

lèche l’amitié

on milite

on est sauvages

directes et doux les cheveux emmêlés ce sourire d’enfant conservé dans la poésie du conte la vitalité de la tendresse la terre dans la bouche

Coulée.

mila coulée

Mila
à 5 du mat depuis 10 ans remplit le vide des étagères de notre société pathogène.
Rayonnant.

elle secoue sa mèche sur le côté. et, ranger les choses de la vie.
Courante.
bien ranger. bien trier. presque par couleur.
Courante, la diarrhée. les choses de la vie chinoise et les packagings vides.
Rayonnant.
le packaging vide.

elle a la vie inter. au bord de la nationale. le marché. couvert de sa capote tôle ondulée.
le monde à la queue leu leu. bien rangé, bien trié.
Vibrant.
le passage à la caisse.

le vide. sur les étagères. dès 5 du mat.
secouer la mèche.

elle est sur le marché. des célibataires. avec enfants.
elle a un cul. un petit cul. de celle qui déprime de s’être fait plaquer. de celle qu’a perdu. de celle qu’a perdu 10 kg, plaquée au bord de la nace. de celle qui court en rond carré dans le parcours rayonné d’une vie coulée.

elle a un cul. un petit cul. c’est son allié préféré.
“J’ai pas froid aux yeux quand il s’agit de sexe”.
elle a pas froid au cul, tout le monde le sent, elle sent le cul qui suinte dans le jean collé et quand on a fini de faire tourner la raclette, dans son salon sans livre elle frotte son sexe contre sa barre de pole dance et comme la lampe du génie, elle raconte qui elle a baisé et qui elle va se faire. et dans l’odeur du fromage fondu, le bruit du lave-vaisselle, apparaissent dans la fumée des clopes sur clopes ses plans cul bien rangés, bien triés. presque par couleur.
Courante, la diarrhée. ce trou qui se creuse à vouloir se remplir du vide.

-Envoie lui un sms !
-Non, arrête.
-Hihihihi.

secouer la mèche sur le côté.

dans le village, on l’appelle la pouf.

c’est pas gentil.
elle est gentille.

elle parle beaucoup. et avec confidence. elle est gentille. c’est la bonne copine. elle parle beaucoup et dans l’affection clope sur clope. elle gentille et parle de ses problèmes et écoute les affections des autres clopes sur clopes. elle est gentille, secoue sa mèche et par soubresaut le stress dans tous ses muscles bloqués irradie la fumée.
elle est gentille, et sur le marché.

“Mila, c’est pas mon genre, elle couche avec tout le monde.”
elle est gentille
“Mila, c’est pas mon genre, elle couche avec tout le monde.”
elle a un beau sourire
“Mila, c’est pas mon genre, elle couche avec tout le monde.”
elle est triste
“Mila, c’est pas mon genre, elle couche avec tout le monde. »
elle a un beau sourire triste qui attire la peine
“Mila, c’est pas mon genre, elle couche avec tout le monde. »
elle donne envie
“Mila, c’est pas mon genre, elle couche avec tout le monde. »
de la manipuler
“Mila, c’est pas mon genre, elle couche avec tout le monde. »
comme une poupée
“Mila, c’est pas mon genre, elle couche avec tout le monde.”
elle raconte ses boires et ses déboires
“Mila, c’est pas mon genre, elle couche avec tout le monde. »
elle se donne en pâture
“Mila, c’est pas mon genre, elle couche avec tout le monde. »
elle donne tous les outils pour
« Mila, c’est pas mon genre, elle couche avec tout le monde. »
elle est gentille. super triste, super vide, comme un sexe sans fond qui pleure au lieu de mouiller, comme un sexe qui crie “je ne suis rien, remplissez-moi, les hommes, car je ne suis rien. je cours dans les rayons vides, avec des boîtes vides, je coule dans le vide, remplissez mon trou, je coule. qu’une bite sacrée comme la carte bleue fasse vibrer mon cul comme une caisse.”

Dans les rayons, bien ranger, bien trier, les bonnes manières de, secouer la mèche, frotter la barre, envoyer les sms aux plans cul, hihihihi. dans le vide. dans le trou. la diarrhée. Courante. dans les rayons. des barres de pole dance. bien rangés, bien triés, presque par couleurs, les sexes se frottent. dans le vide. coulée.

oui, parce qu’elle est gentille
elle est gentille
elle fait ce qu’on lui dit
“J’ai pas froid aux yeux quand il s’agit de sexe »
et dans ses yeux, on lit son sexe. et dans son sourire, le trou béant de son sexe. et dans son sourire triste, le trou néant de son sexe creusé par le vide
elle est gentille
elle fait ce qu’on lui dit
elle est gentille et ses yeux réchauffés des larmes de vie coulée agitent son sexe
pour le désir des autres
elle est gentille
dans les rayons de l’inter, l’industrie chinoise au cul, elle danse la pole en tête de gondole. elle est gentille
et secouer les packagings vides dans le sens de la mèche.

Oui, parce qu’elle est gentille
elle ferme ses yeux sur ses larmes de vie coulée et ouvre son sexe
et on entend son sexe crier comme un mauvais génie frotté trop fort contre la barre de pole
et on entend son sexe crier dans un son feutré incapable de résonner dans le vide des rayons
et on entend son sexe pleurer
et on ne vient pas l’essuyer
et on vient lui pisser
dessus elle
on vient
la manipuler
comme une poupée
lui faire mal
encore et encore
à elle qui ne dit jamais non
qui est si gentille
clope sur clope
cul sur cul
les yeux pas froids
réchauffés
les pleurs
qui agitent le cul
elle est super triste. elle est super nerveuse. elle est super gentille. elle est super dépendante. et elle se frotte contre la barre. et elle lâche pas la barre. mais elle tient pas la barre. et elle tient pas debout sans la barre. et elle pleure de tout son sexe contre la barre. et la barre tient les rayons. et à tous les rayons des barres. Rayonnant.

Mila, c’est bien ton genre car elle couche avec tout le monde.

Mila, c’est bien ton genre car elle astiquera toujours la barre dans la plus pure tradition esclavagiste.

Mila, c’est bien ton genre car tu ne cherches pas à faire mouiller les sexes mais à les faire pleurer.

Tourisme & tourista, même combat, ça fout la merde

pha-208

Relais et châteaux, palaces et résidences haut standing, plages privées ombragées, hôtels et chambres d’hôte, gites et couverts, campings, caravanings, parkings surveillés, cabanes dans les arbres, nuitées en igloo, week-end en yourte, séjours dans le parc des loups, plongées sous la glace, habitats troglodytes, soirées dans l’aven, visite des catacombes, shibari au donjon, vacances à la ferme et woofing des terroirs en appellation géographique protégée.

Footing, trecking, skating, karting, bowling, kayaking, canyoning, rafting, yachting, curling, bling-bling, lifting, botuling, face-sitting, pouding, morphing, tout ce qu’il faut pour ne pas s’emmerding… Accro branche, labyrinthe de maïs animé, structure gonflable, piscine à balles, à vagues, parc à thème, d’aventure, animalier, aquatique, conservatoire d’espèces. Cité de l’espace, futuroscoop, vulcanisia, via ferrata, parcours santé, quad et paint-ball, aquabyke paddle yoga et ski sur l’herbe, tyrolienne et saut à l’élastique en véritable boyau de pauvre, marinas et ports de plaisance, stations d’altitude et putes véritable qualité made in fRance pour milliardaires russes. After d’after d’after au bar à cocktail pour jeunes pétro-saoudiens dorés et pour mémère, sa perruque en cheveux d’Intouchables et ses vingts rangs de perles, ce soir, y’aura d’la zumba dans l’air.

Au paradis des loisirs délicats, s’arsouiller façon VIP du tuning élégamment encanaillés, sachant se mal conduire, d’un petit tour en belle caisse vers la boîte de nuit, boîte privée, night-club libertin attenant au 18 trous du golf et boîte à partouze, au DSKlub, à Bourges Montbéliard ou Agde, sur les chemins de Compostelle par le GR à, à, à la queue-leu-leu… Allez, on arrache son t-shirt, on mouille celui de sa voisine, on fait tourner les serviettes et on fait tournante avec la serveuse, le pourboire est compris, c’est la chenille qui redémarre, en voiture pour la destination touristique ultime, l’acmé des vacances décontractées et contrastées, la quintessence de l’exotisme hexagonal aux quatre coins du territoire, tout un peuple à votre service, à vote servile, à vendre, à prendre, à pendre par les pieds, la fRance a les pattes en l’air, la fRance veut se faire baiser à la hussarde…

Assurance du double-plus bon meilleur accueil. Troussages de domestiques et larbins à humilier, renseignez-vous près du portier ! Toutes nos call-girls sont en porte-jarretelles folkloriques et sur wifi. Grâce aux flux migratoires contrôlés de nos anciennes colonies nous sommes en mesure de vous proposer une diaspora colorée et exotique hygiéniquement sélectionnée. Nous informons nos visiteurs que dans un souci de prophylaxie et de charité chrétienne -et ce malgré les réticences de l’industrie pharmaceutique et des professionnels du tabac- la cigarette a été interdite au moins de douze ans. De ce fait, les fillettes de shows burlesques n’expulseront désormais de leurs vagins que des bulles de savon non testé sur animaux. Calme, Lush et volupté…

Toute une roture refaite plèbe docile en costume traditionnel réglementaire aux heures ouvrables et coiffe picaresque, couvre-chef pittoresque, poulaines et sabots, dessous affriolants.

Et la risette aux visiteurs

et la chansonnette en patois aux clients

valse, scottish et bourrée à l’apéro

tamouré et brise-pied

puis coach-surfing dans nos salons sans préavis

et réquisition de nos lits

et tenir nos toilettes bien propres

et garder nos frigos toujours pleins

et bonne réception, cuisse légère et aguichante pour le gros gras suant touriste, pour la vieille yankee à varices, pour le prince quatari sadique et pervers

et faire VTC pour M. et Mme Ming venus se marier ici où tout est si délicieusement typique, parfum suranné de la douce enfrance de Trenet, deux selfies sous la tour Eiffel, un cadenas pont des Arts et c’est plié…

Un authentique séjour de rêve au pays du tertiaire de masse, des services à la personne et des sévices raffinés. De grands crus d’exception, des éphèbes adolescents et des vierges nubiles, fillettes aux langues agiles et bambins aux anus étroits, morceaux de chair crue ou cuite, de gros bœufs dans nos étables, veaux vaches cochons poulets poulardes canards et oies, foies gras de chômeurs en fin de droits, fesses de caissières à palucher, le cul beurré de la crémière, les miches de nos boulangères et toute une gamme de viennoiseries.

Revivre un village d’hier et les travaux des champs à la main, à l’ancienne, à la dure, à la fraîche, à la trique, à la chicotte ! Une fête au moyen-âge avec cochon grillé et tomates provençales tout juste importées d’Espagne par chariots frigorifiques hypotractés afin de toujours améliorer notre bilan carbone. En matinée et en soirée, en costumes d’époque, en gage de sérieux : écartèlement d’idiots du village et d’anarchistes1 sur la grand place du bourg.

Puis repas préhistorique avec initiation au propulseur, taille de silex, tags crachouillés sur les mains à la bouche, viol en horde, traque de tétraplégiques et autistes avérés (cf, note 1), gâteau à la broche entre deux étouffements à la fouace et petit déjeuner aux tripous avant le dépôt de gerbes, trois galettes c’est des complètes, au truffes et asperges sauvages ramassées de la main d’enfants durablement développés au bio hors-sol raisonné.

Vos papilles découvriront l’extase dans les multiples restaurants gastronomiques où nos chefs étoilés les plus rompus aux méthodes d’assemblages et de réchauffages au micro-onde des meilleurs produits préparés, vous garantissant la satisfaction, où que vous soyez rendu, de la dégustation d’un succulent couscous bourguignon à l’ancienne en verrine où d’une choucroute de la mer façon hawaï glacée à l’azote, puis farandole de berlingots framboise et menthe sur roquette froissée et dés de thon, avec son trait de vinaigre balsamique caramélisé au chalumeau, rehaussée d’une demie tige de ciboulette tranchée dans la longueur et pétales de pissenlit et chardons en émulsion lyophilisée, soles Stravinsky, ris de veau à la purée de cresson, lapin rôti grenobloise, ou encore le prince des mers au nectar des fruits de la Provence et autres saveurs de nos provinces.

Pour une bonne digestion, en sus d’un apport quotidien en fibres, voir combattre des taureaux écornés, des coqs arrogants, des chiens enragés, de sauvages gladiateurs, des chevaliers sans peur, des grognards fidèles, des poilus sacrifiés, des soldats fusillés, prochainement en hommage au débarquement : tonte-party de néo-collabos2 sur le marché ! Pour les collectionneurs futés : les mèches, collector, forcément collector , seront vendues sous sachets scellés.

En cas de petit creux, nos visiteurs pourront profiter de l’excellence du réseau de baraques à frites, camions à pizza, food-truck, kiosques à jus de fruits, distributeurs de bagels, fast-food ruraux, pompes à aligot, carrioles d’écailler, chariots à paella, charrettes de primeurs en julienne, turbines à milk-shake, robinets à smoothie, débits de rhum arrangé, bar à vin, à eau, à chicha, à chocolat, à putes, pour toutou à sa mémère du paragraphe 2, triporteurs à sorbets, caves à digestifs, sandwicherie, pataterie, échoppes à sushis, saveurs d’Orient adaptées au palais occidentaux, fontaines à fromage fondu, crêpes, gaufres, chouquettes, churros, chichi fregi et panisses, plateaux des treize desserts – plus l’omelette norvégienne contre un négligeable supplément fiscalement déductible – vendeurs de paninis ricotta boulettes gnocchi à la sauce libanaise, boutique de cheese-burger merguez à la harissa-ketchup-mayo cornichon beurre et bacon qui maille de la moindre ruelle à nos plus belles avenues commerçantes.

Afin de pallier les éventuels effets délétères des excès inhérents à la richesse d’un voyage hautement humaniste et culinaire, nos hôtes hipsters et hédonistes les plus soucieux de leur santé pourront se frotter à l’ascèse d’un stage détox dans l’un de nos ashrams aux énergies optimisées par la voie d’un aménagement strictement feng shui. S’alterneront sur trois jours phases de jeûne et régime macrobiotique végétalien à base de jus d’herbe, thé vert au Ginseng, cure de bouleau, graines germées, galettes de sarrasin à l’eau harmonisée, tempé et œuf cent ans marinés au soyu ; agrémentés de soins ayurvédiques, Yoga Ashtanga, Qigong taoïste, lavement nasal, irrigation colonique, palpation matricielle, réflexologie plantaire, drainage lymphatique, bougies d’oreille, massage Nuad Bo’rarn, initiation au chant diatonique himalayen, pratique du souffle continu sur didgeridoo, miaou-thérapie au bar à chats, introduction à l’orgasme tantrique et méditation dans l’esprit œcuménique et monastique chrétien de la communauté de Taizé. Ce séjour de développement personnel et d’élévation spirituelle offrira à chacun la plénitude zen d’une sagesse détachée des contingences matérielles et des répercussions iniquement culpabilisantes du tourisme de masse.

Enfin, une intelligente refonte du code du travail dans l’intérêt du reste des salariés et des festivaliers a permis l’avènement d’une totale flexibilité, statutaire, géographique et physique, ainsi que la mise en place d’une réponse répressive sévèrement graduée à toute agitation sociale infondée le temps des festivités

et de faire comprendre qu’il y a un moment où savoir arrêter la grève

et de faire accepter qu’il y a un moment où ne pas faire grève

et faire se faire à l’idée qu’il n’y a plus de droit de grève

et de renoncer aux conflits qui nuisent à l’exécutif

et de juste apprendre à fermer sa gueule

et de positiver de gré ou de force

Cependant, afin d’entretenir le storytelling3 d’un esprit vaguement rebelle et résistant propre à notre populace qui aurait survécu à l’instauration de notre belle démocrature, quelques stériles expérimentations alternatives seront maintenues dans un nombre restreint d’enclaves confinées dans les zones de captation de gaz de schiste par massage de la roche, où une poignée d’espèces en voie de disparition – intelligentsia situationniste, fanatiques syndicalo-libertaires, activistes solidaires, paysans écologistes, djihadistes verts, penseurs humanistes, empathiques compulsifs et autres maniaco-décroissants – pourront se bercer de l’illusion de faire des petites machins dans leur coin et que ça finira bien par faire un monde meilleur… (ah haha hahaha !!!) à base de bière artisanale, de maraîchage biodynamique, de cours de langage signé aux enfants aveugles, de protection de l’environnement, de troc, et de coopératives rurales d’achat de tofu ; le tout diffusé sur grand écran 24/24 grâce à nos aérodynes d’observation UCAV4 jusque dans les lieux de villégiature protégés pour la plus grande joie des vacanciers. Des heures de rire en perspective !

Demain nos mômes coudront des Mao en peluche pour les petits chinois.

Demain nous serons gibiers.

Demain viande à foutre.

Demain tous et toutes bonnes gagneuses.

Demain tous inter-maltraité-e-s du miteux spectacle.

Demain employé-e-s du parc.

Précarisé-e-s du bonheur, platinisé-e-s de l’identité.

Dysneylandisé-e-s de la vie.

À poil jusqu’à l’os…

1 Déficients mentaux certifiés du plan d’Eugénisme Régénérant

2 Réfractaires asociales se refusant aux caprices légitimes de la clientèle étrangère. Vous ne manquerez pas de noter au passage, l’ironie un peu potache de nos législateurs, issus, par transmission de mandat que concède l’excellence sélective du népotisme, des meilleures lignées de l’ancien régime

3 Issus des travaux émérites de nos éminents communicants-propagandistes, vulgairement désignés sous le vocable de publicitaire

4 Unmanned combat aerial vehicle

serpent loup

irradiée à fond
une méduse à la place de la tête
violence crie
tout détruire
truc de ouf
TSSS TSSS TSSS
griffes dehors dedans femme serpent
truc de dingue
autant de violence
cachée
mais où
mais où m’étais-je cachée la réalité si longtemps ?
femme loup attaquée défend son territoire
femme loup attaquée toute puissante
femme loup attaquée toute puissante se prend oppression dans la gueule
dans la gueule
dans la gueule la femme loup
dans la gueule la femme loup se fait baiser en grande violence
elle se prend la réalité oppression dans la gueule
dans la gueule la femme loup se fait baiser la gueule
et crève
et crève maintenant
avec tes bons sentiments
avec ta structure de l’ego remanié
crève
copernic
crève
comment ça l’univers tourne pas autour de l’espèce humaine
crève femme loup dans ta gueule on te baise
dans ta gueule l’univers tourne pas rond
crève
cachée puissante opprimée
debout couché donne la patte
crève
crève
la femme serpente dans la louve
la femme serpent louve
ça pète un câble
ça se révolte sous l’écaille
ça s’emballe les 4 pattes
GRR TSS TSS
TTSSSi
méchant
méchant
truc de ouf
putain merde
putain c’est la merde
le monde à l’envers
merde
le précipice
c’est la merde
dedans
dedans l’ego fonce
dedans
merde
l’agression
l’agression
AHHHHHHHHHHRG
FUCK !
ça fait mal le delbor là !
merde
le monde à l’envers
merde
regard à l’endroit
merde
merde le regard à l’endroit qui fait mal sur le monde qui tourne par rond dans l’univers de la gueule
vomis
vomis moi ça
vomis
merde
vomis
merde
vomis
AHHHHHRG
irradiée
4eme degré
vomis
vomis moi ça
merde
femme loup serpente
assiégée
à terre
assiégée
pas crever
pas crevée
la résistance
femme loup serpente grave dans les radiations
femme loup OUhOUH
AHAHAHAHAH
femme loup LA !
AHAHAHAHAHAHA
irradiée à fond
la violence du monde qui tourne pas rond irradiée à fond
une méduse à la place de la tête
violence crie
prête à tout détruire
truc de ouf
TSSS TSSS TSSS
griffes dehors dedans femme serpent
un truc de dingue
autant de violence
cachée
mais où

Un corps vivant

Hier soir c’était l’ouverture de la grosse commission de manipulation publique pour l’acceptabilité locale d’un Center Parcs.
Dès les premiers mots de Christian Leyrit, le président de la commission, en costume fraîchement descendu du TGV, le raifort m’est monté au nez.
“Je suis heureux de revenir sur le Jura après notre beau travail pour l’A39”
Et puis les slides d’un PowerPoint où Rio Climat 92 et pourquoi pas Gandhi, l’abbé Pierre ou Jeanne d’Arc ?
Et puis cette autorité mal placée, déplacée, impolie de toutes les bonnes manières, autorité auto-déclarée, autorité auto-déclarée indépendante qui nous dit “nous offrons la parole au citoyen.”
Et puis la poète actionniste qui sommeille en moi m’a possédée, elle a soufflé fort de toutes ses bronches, laissé l’air frotter massivement ses cordes vocales. Elle a vu une onde sonore se matérialiser par le soulèvement des corps assis sur la rangée devant elle.
Un cri long, un cri fort, un AH plutôt aigu mais pas trop.
Sans micro le corps a pris possession de l’espace sonore. A l’ancienne, le corps. Il a fait le silence.
Et puis le corps s’est levé pour crier : “non à la mascarade, votre discours est de la violence morale, de la violence symbolique.”
Et puis tout le monde a gueulé dans la salle.
Et puis le corps s’est rassis, a essayé de se calmer. Il a fermé les yeux et s’est pincé les sinus.
Il a écouté rassuré la voix de Leyrit décontenancée, ses phrases articulées avec moins de sûreté.
Et puis le public a eu le micro, le débat a commencé et l’audience sans cravate a commencé l’ironique et argumentative opération de restitution d’identité, Center Parcs qui voulait faire marcher tout le monde au pas en a pris pour son grade, grave sa mère, n’est pas un développeur et exploitant mais un développant et exploiteur, la commission est indépendante comme un chienchien à son maître, ça s’arrêtait plus de jeter du crottin sur les costumes assis sur l’estrade ou debout au micro.
Et puis le corps a entendu les pro et anti dire qu’il fallait respecter un cadre de parole, argumenter.
Et puis sa main s’est levée et a attendu le micro. Une nouvelle fois, il a parlé dans le micro HF sans rester à sa place de sans cravate. Il a entendu “Ah, non elle va pas nous remettre ça”. Il s’est retourné et à dit avec un accent de salle gosse : “Si si je vais parler comme c’est un débat public”.
Et le corps a remonté l’allée en rappelant l’historique. On nous a dit y a 6 mois que c’étaient les élus qui décident, sous couvert d’être la représentation d’une majorité qui légalement a le droit d’écraser toutes les minorités, dans le plus bel esprit du conflit. Et aujourd’hui on voudrait nous faire croire que l’on a le droit à la parole et qu’on nous propose la paix sociale.
Et puis le corps est arrivé à la hauteur de Christian Leyrit et Claude Brevan qui faisaient une sacrée tronche de paons à qui on aurait coupé les plumes de la roue, et le corps a grimpé sur l’estrade juste derrière eux comme une hirondelle va se poser sur son nid, tout droit à vol d’oiseau, et la gueule de Leyrit a fait une drôle de tête, sa mâchoire du bas s’est déplacée sur un côté et puis de l’autre avec des yeux tous ronds, comme un bœuf qui regarde passer les voitures sur l’A39, pendant que sa tête se penchait d’un côté et puis de l’autre comme un chiot qui essaye de comprendre une situation. Le corps il a vu la scène au ralenti tellement que c’était bon.
Et sur l’estrade le corps n’a même pas vu les élus assis tout au premier rang, tous hommes, de pouvoir, habillés en costume, de pouvoir. Sur l’estrade le corps n’a plus rien vu que son cœur qui battait et sa langue qui pleurait : j’ai mal à la démocratie, nous ne sommes pas en démocratie mais en démocrature, j’ai mal au sens des mots, ça fait mal de voir les mots retournés et détournés, Center parcs est une violence, j’ai mal à mon patrimoine culturel et naturel, j’ai mal et je me sens violentée et comme le bon comté que nous jurassiens on offre aux parisiens, il a regardé Claude Brevan pour dire ça le corps, il était juste en dessous son corps à elle, l’avait une tête de maîtresse d’école furieuse la Brevan, et comme le comté qu’on offre aux parisiens, le corps il a entendu la salle qui aimait ça le comté, et comme le bon comté que nous jurassiens on offre aux parisiens, cette violence je la partage, je ne peux pas la garder. Et le corps s’est baissé vers la Brevan, l’a mis une main sur son torse et l’a dit qu’il avait la prétention de manifester un moment de sincérité dans ce théâtre, il a descendu l’estrade, s’est mis en face de la Brevan, le corps et la présidente de la commission étaient face à face, de profil côté spectateurs,  et le corps a dit droit dans les yeux, comme une jeune élève prétentieuse qui cache pas son dédain à une autorité de fait mais pas de droit, dans cette belle comédie. Dans cette belle comédie. L’essayait d’avoir le sens de l’humour le corps, mais était plus dans le mood de la tragédie. Et le corps a mis le micro entre son corps et celui de la Brevan et lui a dit droit dans les yeux, comme on fait pour parler avec dignité, je vous rends le micro, je vous rends le pouvoir je n’en veux pas. Et la Brevan elle a pris le micro et elle a dit d’un sale ton de salle gosse prise sur le vif, mais j’en veux pas du micro. Et le corps a entendu des applaudissements qui enveloppaient la crainte de Brevan, qui tournaient autour de son corps à elle comme les busards du plateau autour des nids de mulots. Tout le corps du corps l’est redescendu des airs, l’a alors atterri sur le plancher des vaches du premier plateau. Alors l’est reparti seul dans ses montagnes le corps, l’est parti s’asseoir dans les montagnes de corps et de chaises en face de la scène. Son petit corps l’a disparu du cadre et on a zoomé sur l’arrière plan où qu’le corps de la Brevan disparaissait dans le vortex des ailes et des becs des busards. Le corps a disparu dans la montagne de corps et de chaises, l’avait tout lâché, l’avait tout dit. Et personne aime ça qu’on s’lâche, quand on lâche tout. En public. Et les contres étaient dérangés par le corps, hors cadre, hors limite, dérangé de chez dérangeant. Et la cause a dit que ça servait pas la cause d’avoir un corps qui se maîtrise pas. Et le corps l’a entendu tout ça et s’est rabougri. Et puis le corps l’a écouté toutes les prises de paroles, qu’étaient toutes contre, qu’étaient toutes déchaînées, et le corps y s’est calmé, y s’est repu de toutes ces paroles, l’a un peu forcé sur la touche applause le corps. Et puis l’a pas su fermer sa gueule, et puis l’a dit une connerie et l’a su de suite qu’il était trop énervé pour parler encore. Et le corps l’a compris, que c’était la dernière fois qu’y metto les pieds dans une commission de manipulation, qu’y l’avo dit ce qu’l’avait à dire mais qu’lo pouvait pas l’dire à chaq’fois, et le corps s’l’o senti mieux, le côrps c’t’o senti mieux. c’to détendu. l’ avo dit qu’l’éto pas dupe, l’avo sa dignité maintenant, et pis quoeu ? l’avo plus ran d’autre à espérer…pas ici en tout cas. l’avo pleu ran à espérer. et l’côrps direct l’avo pensé à c’qu l’allait faire. Ailleurs, autrement, où c’to que la poésie a le droit de cité. Pas cheu Platon qui voulo tous les mettre dehors les poètes et leur alliance avec la nature.
Le corps l’a bien fait chier tout le monde, c’teu corps, mais c’to pas pour être méchant, c’to pas un méchant corps, c’to juste un corps.
En entier. Un corps qu’avo pas appris la politesse, qui savo pas faire semblant, qui jouo pas le jeu. Un corps vivant.